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Le labyrinthe
Philippe Berry
l'étranger intime.
par Marie-Hélène Montenay
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Philippe Berry est un ami.
Cependant, j'avoue aujourd'hui que, après avoir
cheminé d'une oeuvre à l'autre parmi celles qu'il nous présente,
je m'explique mieux ce sentiment intimement lié à l'artiste
plus encore qu'à l'homme privé.
Mais je dois dire aussi que Philippe Berry ne cherche pas à nous
faciliter la tâche, au contraire.
Ce n'est pas l'effet du hasard s'il nous montre un Minotaure,
l'hôte du labyrinthe.
Essayons donc de ne pas nous perdre dans la multiplicité des pistes
qu'il nous invite à explorer.
Avec une maîtrise que je qualifierais de toute classique, si le
mot n'était si difficile à employer, il nous promène
à travers le temps et l'espace.
Je n'ose dire : contemplez la Tête
qu'il nous offre... car c'est elle, en fait, qui nous contemple, et voit
bien au delà de nous, comme le font les géants de l'île
de Pâques à l'autre bout du monde, ou les têtes de
Mésopotamie à l'autre bout de l'histoire.
La tête n'appartient qu'à lui et nous parle de notre époque,
tout comme son minotaure.
Remarquons le détail qui change tout : ici, nous avons un minotaure
à tête humaine et corps animal, tout le contraire du monstre
crétois anthropologue ce qui ne signifie nullement que notre siècle
doivent béer d'optimisme. Arrêtons nous un peu sur Holocauste
2000 qui exprime à la fois le fait (la destruction de ce qui fait
l'homme et l'impossibilité de penser cette même destruction)
et le Bonhomme à
roulettes n'est-il pas notre minotaure contemporain, manipulé,
programmé sur des rails invisibles, à peu près aussi
autonome qu'un caddie de supermarché ? Télescopage des époques
que rend avec évidence la Tête
Pégase tout aussi bien antique médiévale (pensez
aux Teutoniques d'Alexandre Newsky) ou contemporaine.
Tout pareillement, Philippe Berry nous désoriente par sa capacité
à passer instantanément de la violence la plus primitive
à l'humanité la plus chaleureuse.
La première est régression, elle ramène le
Serpent m'habite à une ligne brisée grinçante,
une chose vidée même de sa grâce animale, tout comme
le Totem empilant les
crânes, voit confirmer par l'art son éternelle actualité.
Mais tout cela est dans le même temps assumé et dépassé
par la vie et les rêves.
Le Minotaure n'est pas un monstre, c'est une victime qui, tout comme le
Poisson ou le personnage
Sans les mains, tend
toute son énergie vers la reconquête de la dignité
et de l'honneur de vivre en être humain.
Et, ce que ne peuvent postuler le philosophe ou l'homme de science, l'artiste,
lui le montre.
Il y a depuis toujours une poussée et une continuité irrésistibles
de la vie, de la matière apparemment inerte à la vie animale,
et de l'animalité à la spiritualité.
Telle est la leçon que nous donne le bronze Queue
de cheval où le corps de l'animal est violemment étiré
en tronc d'arbre par la traction d'un arrière-train débordant
de force vitale, que l'homme à l'arrière parvient néanmoins
à équilibrer. Il n'y a dans tout cela aucune place, ni pour
le désespoir, ni pour tout autre sentiment traduisant une faiblesse.
La mort elle même est conjurée.
Les rêves de l'homme-enfant n'ont-ils pas le pouvoir de néantiser
ce qu'une réalité transitoire peut avoir de sinistre. Ils
sont tout aussi réels et ont pour eux la permanence et l'avenir.
L'équilibre d'éléphants,
expression d'une mythologie contemporaine pleine d'humour, et aussi l'apparemment
paradoxale Tête dans
les étoiles, Philippe Berry nous suggère que cela a
aussi un très beau nom "cela s'appelle l'aurore". Ainsi, il nous
aura beaucoup fait voyager, beaucoup perturbé.
Mais son labyrinthe, s'il s'amuse à nous faire passer plusieurs
fois sur la même piste, ne nous envoie jamais dans des impasses.
A vrai dire, le démiurge était bien là à chaque
étape.
Nous reconnaissons sa marque, et lui sommes reconnaissants de nous parler
de ce qui nous préoccupe Philippe Berry, c'est l'étranger
intime.
Marie-Hélène Montenay
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