Maux de tête
Bernard Lamarche-Vadel
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Visages non pas ; des têtes plutôt, des corps
parfois, en proie au carnaval des maux qui dispersent le visage pour que
vienne justement la tête jusquà nous.
Cest dire déjà que Philippe Berry ne sembarrasse
pas du plomb de lidentité ni des mayonnaises de la psychologie.
Des têtes et des corps, des contenus, mais des contenus suppliciés,
menacés, entamés. Des faces, beaucoup de faces, mais outragées
ou arborescentes, fendues ou transparentes pour que face à face,
nous y puissions envisager le mal qui efface le visage au profit de la
tête encombrée de maux ou débordante en images imprévues
de la souffrance du désir et du rêve.
Têtes coupées et corps morcelés ; de ce qui fit portrait
à ce qui fit et fait encore charnier, Philippe Berry répand
à la fois le lien , la logique, le sens tout autant que la distance.
La technique de laquarelle privilégiée beaucoup par
Philippe Berry nest pas le hasard dans le sens quil donne
à cet écoulement et à cette dispersion des faces
vers des représentations vaporisées des têtes diluées.
Brève histoire ici encore dont la technique est le moyen du lien
et de la distance.
Que lérotisme en soit parfois la voie, que la fumée
de cigarette en soit le révélateur, que la crue des monstruosités
dans la tête en soit souvent le sommet, le monde intérieur
de Philippe Berry est un monde dapparitions et de disparitions,
une vaste histoire de fantômes et présupposée une
histoire de mort.
Laquarelle en tant que technique y accède au rôle de
héros faible et immatériel de lintangible entre la
vie et la mort, réalité et fantasme, sujet et objet à
travers la solution dun rideau de larmes qui désigne ce quon
pleure en même temps que pleurer, dissoudre dans les larmes, mène
au néant ce pour quoi on pleure.
Pleurer est une profonde action sur les contours de ce quon imagine
ou de ce quon voit ; laquarelle est un don divin fait aux
peintres pour dire quils savent encore pleurer sur ce qui ne peut
plus être représenté, mais dont la trace de lévanouissement
forme la culture et guide la mémoire.
Dans lacharnement évident qui est celui de Philippe Berry
à multiplier têtes et corps outragés dans le processus
des disparitions, une société se constitue, un groupe sélabore.
Nous ne sommes pas confrontés à laccident ou à
lanecdote de lhistoire dune tête, mais par la
multiplicité dune synthèse additive à la condition
de la tête devenue le contexte lui-même du regard du peintre
et lorsque nous envisageons son travail, le nôtre.
Lhistoire : passé, présent et futur se conjugue à
un tort fait au visage, à une corruption violente de la ressemblance,
à une société défaite dans sa tête de
la possibilité daccéder à la vérité
du visage, à la nudité de la face .
Lhistoire est une longue histoire de têtes qui ont dévoré
les visages et le visage, il nest loisible que de lenvisager
au commencement et à a fin des têtes, naissance et mort comme
deux sublimes parenthèses entre lesquelles lhistoire se fait
dans les têtes plus ou moins ravagées contre la souveraineté
du visage.
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