Le Fablier de Marcelin Pleynet


Le premier étonnement, engouement, plaisir spontané, c’est d’abord un sentiment de jeu familier, et de subtile, et curieuse étrangeté qui nous retient près des oeuvres sculptées de Philippe Berry..

Nous sommes arrètés par cet intrigant mélange de familiarité et d’étrangeté.
N’est-ce pas ‘abord précisément dans la familiarité, qui spontanément nous lie avec chacune de ses oeuvres, que subtilement gît et agit ce sentiment de singulière étrangeté ?

Comme si chacune d’elles éveillait quelque souvenir lointain, un mouvement heureux, un événement qui fut inattendu : la découverte d’un monde dans la libre improvisation d’un jeu, d’un geste oublié et dont l’effet, pourtant, confusément, perdure.

Comment ne pas être très vite conscient que ce qui détermine cette émotion en appelle à notre enfance ;
cette part de lui-même que le plus souvent l’adulte abandonne sans même s’en inquiéter ?
Voudrions-nous n’en rien savoir que les oeuvres et les titres des oeuvres de Philippe Berry, nous le signaleraient avec insistance : le Bonhomme de neige, Le Château fort, Les pieds au mur, Saute mouton, le Coffre à jouets etc…
Autant d’événements vécus jadis, dans l’enfance avec l’importance, la gratuité, et l’émotion que l’on sait, puis écartés Pourquoi ?

Avec les sculptures de Philippe Berry, un continent de sensations oubliés surgit. Il est là dans les marques et les masques de ces figures insolites plus vrai que nature.
Il est, dans les marques du jeu qui se propose et s’impose à nous, ce qu’autorise l’accès de cette part d’enfance dans la vie : ce qui, de l’enfance, n’en finit jamais de s’étonner devant le simple jeu manifestant encore, et essentiellement, que ce jeu est un art.

Manifester que le jeu est un art qui donne accès à la capacité de jouer.
L’art est un jeu d’enfant.
Pas n’importe lequel, mais précisément, celui à qui cela n’importe pas.
Il joue cependant qu’il joue.
Ce jeu c’est l’enfance de l’art.
Et l’on entend bien que, ce qui est immédiatement clair, et évident, lorsque l’on regarde les sculptures de Philippe Berry, s’obscurcit dès que l’on cherche à l’expliquer.
L’art est un jeu d’enfant. Ce jeu c’est l’enfance de l’art.
Comment être l’acteur de ces deux formules ? Philippe Berry n’est pas un enfant.
Qu’est-ce qui, pour lui, autorise l’accès à ce jeu auquel il tient au point de lui avoir sacrifié une profession immédiatement beaucoup plus lucrative (publiciste) ?
Il déclare : à partir du moment où vous entrez dans votre atelier pour vous faire plaisir, pour faire les objets que vous aimez, le reste n’a aucune importance.
Qu’est-ce qui de l’enfance portera l’adulte à faire plutôt ce qu’il aime, à y trouver du plaisir et à surprendre, et révéler, cette part incongrue du monde, si ce n’est pas la mémoire, implicite, ou explicite, d’un événement qui fit effectivement événement : la première et surprenante découverte par l’enfant (Mozart enfant) d’un plaisir inattendu surgissant du simple jeu qu’il invente ; qu’il s’accorde à lui-même dans son invention.

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